Après maints rebondissements, ça y est, je peux enfin conduire en toute légalité sur le territoire israélien ! Normalement, nous sommes autorisés à circuler avec le permis français seulement pendant un an. Ensuite, il faut obtenir l'équivalence israélienne. 

La première année, j'ai commencé à m'en inquiéter au début de l'été : première étape, aller chercher un numéro de permis dans les bureaux de l'administration israélienne (30 minutes). Etape 2 : passer un test optique chez Grand optical (1h d'attente - 5 minutes de test - 50 NIS/ 12 euros). Etape 3 : visite médicale (l'occasion de trouver un médecin, qui prend à l'heure ! - 40 euros). Etape 4 : prendre une heure de conduite avant de passer un examen de 20 minutes. Le problème est que je n'ai pas eu le temps d'atteindre l'étape 4 car c'est à ce moment-là que je me suis fait voler mon sac, "au sud de Tel Aviv...", avec les étapes 1-2-3. Retour au point de départ, motivation évaporée.

Alors la deuxième année a commencé : la rumeur de nouvelles modalités se répandaient. SD, travail oblige, passa son examen, félicité même, sur le chemin qui le menait à son rendez-vous, par un conducteur étonné par la qualité de conduite de ce supposé jeune apprenti (ici les auto-écoles roulent au ralenti, surtout quand il s'agit de tourner). Tout le monde avait beau affirmer que ce n'était qu'une formalité, évidemment dans le lot, je connaissais quand même quelqu'un qui l'avait raté la première fois. Donc je décidai de jouer sur le fait que, suite au vol, j'avais un nouveau passeport, - donc pas de trace de mon précédent visa d'un an -, et que je ne prenais le volant que très rarement, n'ayant pas de voiture quand SD est absent.

Il faut dire qu'il y avait aussi une question d'orgueil mal placé : recevoir des leçons des Israéliens sur notre façon de conduire était un peu dur à avaler. Rouler ici, malgré la qualité des routes, est une prise de risque de tous les instants. D'abord, sur l'autoroute, la règle numéro 1 est que si vous êtes sur une voie, même à 60 km/h sur celle de gauche, vous ne changez surtout pas, ce qui implique que doubler par la droite devient la deuxième règle sous-jacente. Il faut savoir se méfier des rétrécissements annoncés, la plupart du temps, au dernier moment par des flèches au sol, qui arrivent par la droite, là où en France, on rétrécit les voies par la gauche, toujours surprenant même après deux ans. La priorité à droite est un concept inconnu, priorité à celui qui force le passage, de préférence en vous ignorant, faire comme si on ne voyait pas l'autre conducteur engagé, semble être une règle inculquée. Les feux tricolores (de l'autre côté du carrefour, comme aux Etats-Unis) repassent par le orange, avant de passer au vert, à peine une demi-seconde le feu du milieu allumé que le conducteur de derrière vous a déjà klaxonné, parce que vous n'avez pas encore démarré, on finit par s'habituer, ou pas. On a tout vu ici, l'homme qui faisait son jogging avec un casque audio sur les oreilles, sur la voie du milieu de l'autoroute, à contresens ; les gens qui font du vélo sur l'autoroute, monnaie courante ; ceux qui ont raté la sortie et reculent, sur l'autoroute toujours ; l'arrêt sur la bande d'arrêt d'urgence, sans gilet jaune, pour faire pipi, téléphoner, prendre l'air (à leur décharge, il n'y a quasi pas d'aires d'autoroute) et surtout le retour sur les voies de circulation en forçant le passage à la vitesse de redémarrage ; bref j'en oublie... Mais je me dis souvent que c'est beau d'avoir autant la foi en Dieu qui vous protège, comme s'il n'avait que cela à faire !

La règle de survie principale est que, à chaque fois que vous vous dites, "non, il ne va pas faire ça !", partez du principe, que oui, il va le faire. Donc mettez en pratique, la stratégie de ma copine C. W. qui habite ici depuis sept ans, et qui consiste à ce qu'elle appelle la "conduite défensive", soit à chaque fois que vous voyez la crasse arriver, klaxonnez pour signaler que vous êtes là ! En revanche, ils vous prendront pour un fou si vous plantez un énorme coup de klaxon parce qu'ils ont fait n'importe quoi devant vous, "ben quoi, qu'est-ce qu'il y a ?". On finit par apprendre à ne même plus s'énerver. 

Donc, la troisième année, je veux reprendre mon indépendance et le volant. Je recommence les démarches, remotivée par le fait que l'épreuve de conduite n'est plus nécessaire pour les ressortissants français, (pour les journalistes depuis 6 mois, juste après que SD ait obtenu le sien, c'est ballot !). Arrivée à l'étape 1, je comprends en plus que les étapes 2 et 3 ont aussi été supprimées. Et voilà, comment après avoir fait la queue administrative, fait imprimer un papier avec ma photo chez l'opticien, et payer 221 NIS (soit environ 50 euros) à La Poste, j'ai enfin l'autorisation de conduire !! MAZELTOV !