ajout_4Il y a quelques semaines, la classe de CM2 cherchait un troisième accompagnateur pour aller participer à des Olympiades à Olympie, en Grèce. Alors le Proviseur et l’enseignante se sont tournés vers mon "profil idéal" à savoir être disponible, mais aussi être professionnellement habituée à ce genre de séjours, d’autant plus que je m’entends bien avec cette maîtresse qui m’a confié plusieurs de ses élèves en soutien et que j’en connais quelques uns qui sont les enfants des copains. J’ai donc dit oui tout de suite, voyant là l’occasion de vivre une nouvelle expérience. Et je ne fus pas déçue.

Le principe de l’événement : une rencontre sportive et culturelle inter-Lycées Français de l’Europe du sud-est, Jérusalem, Italie, Grèce, Albanie, Roumanie, Turquie, Serbie, Bulgarie. Les 480 participants sont répartis dans une vingtaine d'équipe, soit rouge, soit bleue et chacune marque des points pour sa couleur.

ze-jo-jour-3Le but : faire en sorte que ces enfants, tous de nationalités différentes, se rencontrent, partagent, par le biais de la langue française tout en donnant le meilleur d´eux-mêmes.

Chaque Lycée était venu avec le drapeau de son pays, le Lycée de Jérusalem avait... un drapeau du Lycée Français, car bien que l'Ambassade américaine était, pendant ce temps, en train de changer de ville, côté français Jérusalem reste un statut à discuter. Donc les élèves affichaient une certaine neutralité.6A64ACB8-8C71-4296-B694-7CE17DB02C05Les épreuves : sauter loin, sauter haut, courir longtemps, courir vite, lancer de vortex, balle au capitaine, expression corporelle, épreuve artistique, quizz sur la Grèce antique, joute oratoire, visite du musée et du site antique.

Le cadre : le village olympique moderne conçut pour les JO d’Athènes 2004, à 500 m du site antique.

Pour une première, de cette ampleur, l’organisation était vraiment une réussite, l'atmosphère était très bon esprit, aucune tension, beaucoup d'engagement de la part de chacun et de curiosité, pas de conflit malgré le rythme très intense des journées.   

Jour 1 : le voyage. Partir avec des élèves d’au moins 5 ou 6 nationalités différentes, en avion, implique une certaine attente à l'aéroport de Tel Aviv, car outre le fait qu'on ne pouvait pas aller dans une file en particulier, car il y avait à la fois des passeports locaux, des laissez-passez pour les élèves palestiniens et des passeports internationaux, il faut aussi dédier quelqu'un du personnel au groupe. Ils ont donc tardé à nous prendre en charge mais une fois que la sécurité israélienne s'est occupée de nous c'est plutôt allé vite. Ils ont heureusement eu la bonne idée de ne pas leur demander si c'était bien eux qui avaient fait leur valise, j'étais en revanche impressionnée par le fait que les enfants étaient tous capables de répondre à toutes les questions en anglais. Il était pourtant 2h du matin. Décollage à 5h20, autant dire que la nuit fut blanche, même si dans l'avion la somnolence n'était interrompue que par les interpellations des enfants.

A l'arrivée, bus. A peine sur l’autoroute, un péage se profile : « Maîtresse, pourquoi il y a un checkpoint ?, - Alors, en fait ici, si on paye, tout le monde a le droit de passer, c’est juste une barrière d’autoroute 🤔😏».

Direction le Lycée Français d'Athènes, visite, et là, plongée dans un autre monde : 300 élèves à Jérusalem contre 1400 au Lycée hellénique, l'échelle n'est pas la même ! Trois cafétérias/ cantines contre 0, des grands terrains de différents sports contre un petit terrain de basket, un CDI et une bcd contre un CDI/bcd... Bref, les élèves n'en sont pas revenus.  Retour dans le bus après une petite pause de 3h, embarquement d'une classe de Bucarest et en route pour Olympie : 5h de bus. Arrivée à 19h30 : repas, douche et au lit ! Il y a des soirs où se coucher est plus nécessaire que d'autres...

Sur la route, un petit arrêt pour admirer le canal de Corinthe.02A1B513-A649-42CA-A800-EF956EC85402Jour 2 : cérémonie d'ouverture et début des épreuves : 7 en ce premier jour de compétition. Présentation en fin d'après-midi, dans l'amphithéâtre, de la chorégraphe grecque de la cérémonie de l'allumage de la flamme, tous les deux ans, sur le site antique : beaucoup d'enfants se sont endormis sur leur pupitre... De retour à l'hôtel, repas, petit tour dans Olympie pour acheter des souvenirs et encore un dodo sans contestation, juste quelques petites larmes dues au petit blues sans maman mais surtout à l'épuisement. 

0D35D0FB-D399-4127-A2A7-A0E91696376EJe ne peux pas passer sous silence ici, l'anecdote de l'achat des souvenirs, même si elle a déjà pris une large place sur les réseaux sociaux : devant le présentoir ci-dessous, un élève s'exclame :"waouh, c'est trop stylé maîtresse !", il se tourne vers moi et me dit: "mais qu'est-ce que c'est ?" alors je réponds :"un objet de décoration...".  J'ai croisé les doigts pour qu'il décide d'acheter autre chose pour rapporter à la maison.

8F135C50-99BE-43BE-B1C4-CEFF92C19FA2Les enfants ont très vite noté à quel point la vie était chère à Jérusalem comparée aux tarifs grecs. En effet, nous pensions que la caissière faisait une erreur quand elle nous a demandé seulement 4,50 euros pour notre pack de 26 bouteilles d’eau.

Jour 3 : suite des épreuves, 5 pour finir. Rassemblement pour connaître les résultats, les Bleus ont gagné ! Intervention de la Marraine des premiers ZE (pour Zone Europe de l'Est) JO, la championne de short track Véronique Pierron. Remise des prix, dommage ils ont oublié le pin's pour les adultes, les souvenirs resteront dans la tête. Le soir : grande soirée folklorique dans une taverne grecque, avec spectacle de danseurs qui ont eu un peu de mal à se frayer un chemin au milieu des enfants qui ne voulaient pas rester à table pour regarder mais voulaient être sur la piste et participer. Une chouette soirée de clôture.

dsc_0285Pour ma part, j'étais affectée au site antique, j'ai donc fait la visite 11 fois, avec une échappée pour la douzième au musée, pour aller revoir le bel Hermès de Praxitèle, un des chefs-d'oeuvre de l'art grec, toujours à la hauteur de sa réputation...

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Comment résister à une course sur le  stade antique olympique ?

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21C91C2C-7123-4582-B077-59540C595D5FJour 4 : le retour. De nouveau 5h de bus, arrêt au pied de l'Acropole pour déposer la classe de Bucarest, qui avait un peu plus de temps que nous avant de prendre l'avion, petit coup d'oeil vers le Parthénon. Arrivée à l'aéroport, avec une heure de retard, le stress monte, on essaie de se faire enregistrer rapidement, le coordinateur de l'agence de voyage est censé avoir tout fait pour que cela avance plus vite et puis ils commencent à passer les passeports dans les bornes pour imprimer nos cartes d'embarquement, et là ça bloque. Les laissez-passer des Palestiniens. Ils ressemblent à des passeports mais n'ont aucune valeur internationale et malgré le visa Shengen, les Grecs ne savent pas trop quoi faire de cet objet, cela prend un moment avant de trouver une solution. Tout le monde finit par être enregistré et on embarque à temps. Dans l'avion, les gens s'étonnent de notre petite communauté. Ils s'intéressent d'abord au drapeau de ZE JO brandit fièrement par un des enfants et puis demandent si on vient en vacances. (En anglais) "Non, nous habitons à Jérusalem", ils essaient de nous parler hébreu, je réponds en anglais (la maîtresse, qui parle hébreu, est derrière). Ils demandent si les élèves parlent hébreu, je réponds que c'est l'école française et qu'ils parlent français (même si certains parlent aussi hébreu). Je n'ose jouer la provocation jusqu'à "mais ils parlent arabes", mais ce n'est pas vraiment le lieu et je sens qu'ils sont déjà déstabilisés. Eh oui, votre ville est multiple quoique vous en pensiez... Contente cependant d'avoir de temps en temps la possibilité de bousculer dans leurs convictions ceux qui vivent dans leur bulle !

Bilan : une expérience riche en tout plein de points de vue, l'événement en lui-même d'abord, du sport, de la culture antique, de l'énergie positive, bref tout ce que j'aime, et puis un échange avec plein d'enseignants d'horizons très différents, certains ont fait toute leur carrière à l'étranger, d'autres sont devenus enseignants parce qu'ils étaient à l'étranger, et puis de grosses interrogations sur leur devenir avec les coupes dans le budget actuellement de ces établissements, mais surtout une plongée dans les contraintes de la vie de certains des élèves du Lycée Français.

A la longueur de l'article, on constate combien ces quatre jours ont été denses et intenses !